12/10/2013

Conseil d’Etat (3): la préférence genevoise

La comparaison du nombre de frontaliers exerçant à Genève avec le nombre de chômeurs fait mouche. Et dans un sens on peut comprendre que les personnes qui vivent dans une région, qui y paient des impôts qui génèrent des services à la collectivité, qui y élèvent leurs enfants, y aiment et s’y sont investis durant des décennies, souhaitent bénéficier d’une attention particulière. Quand on cultive un jardin, quand on plante des roses en y passant des heures et des jours, ce n’est pas pour que le voisin vienne les cueillir.


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Il peut donc y avoir un sentiment réel de frustration, voire de trahison et d’abandon, à ne pas bénéficier de cette attention particulière. Mais les personnes non résidentes sont-elles la cause du chômage des genevois? Le Temps publie un article qui donne quelques pistes de réflexion.

Sur le nombre de permis frontaliers actuellement à Genève (65’000 selon l’article) seuls 53’000 travaillent, les autres ayant cessé leur activité alors que leur autorisation n’a pas encore expiré. 20’000 d’entre les frontaliers sont des suisses résidant au-delà de la frontière. Selon l’office cantonal de l’emploi, Genève dispose de 45’000 emplois de plus que le nombre de ses personnes actives résidentes. Les travailleurs non résidents rempliraient donc un besoin.

Selon l’OCE les frontaliers occupent des emplois différents des genevois: postes sans qualification particulière, ou hôtellerie et santé où il manque de personnes suisses et résidentes, ou au contraire demandant des qualifications très spécifiques et pointues. L’idée que les frontaliers sont la cause du chômage ne semble donc pas pertinente d’après cet article. Cependant le chiffre cantonal officiel est plus élevé: il y a 86’000 frontaliers recensés à fin septembre 2013 et près de 13’000 chômeurs inscrits à Genève à cette même période. Le chiffre du Temps ne semble pas le bon.

Mais l’important est de se demander si les 13’000 chômeurs seraient prêts à effectuer une activité sans qualification, ou s’ils ont la formation requise selon les postes occupés par des frontaliers.

Notons que l’Etat n’a qu’un faible pourcentage de frontaliers (2,88%) et que la préférence genevoise y est appliquée.

Protectionnisme ou non?

Par ailleurs, si l’on peut comprendre et en partie justifier la préférence locale, l’économie doit être vue dans une perspective plus vaste, celle des échanges avec d’autres régions. De nombreux suisses travaillent à l’étranger. Des milliers d’entre eux ont émigré vers les Etats-Unis ou l’Australie lors des grandes famines du XIXe siècle. Les produits suisses sont vendus hors des frontières. L’habitat des genevois s’est beaucoup développé sur France depuis des années.

Le slogan qui fait mouche, celui «d’éradiquer l’épidémie de frontaliers» est donc manifestement inapproprié, en plus de considérer une population comme une maladie. Leur présence contribue à l’essor de Genève et du grand Genève et la stigmatisation a des effets très désagréables. Ainsi j’ai garé pour une nuit, dans le parking de mon immeuble, une voiture à plaques françaises qu’une amie m’avait prêtée, et le lendemain tout un côté était rayé volontairement. J’ai appris que c’est le sort de nombreuses voitures à plaques françaises et j’ai entendu des témoignages dans ce sens. C’est inadmissible.

J’entends la frustration de certains genevois. Mais je ne suis pas convaincu que les frontaliers en soient réellement la cause, et que le chômage se résoudra uniquement par des mesures de protectionnisme. D’évidence, la prospérité des genevois est aussi gagnée par le fait que le canton draine une population bien plus large que celle qui réside dans ses frontières.

Donc préférence cantonale, pourquoi pas, mais pas seulement, et sans stigmatiser ni fabriquer un bouc émissaire.

Commentaires

Prendre des chômeurs et les former pour remplacer des frontaliers selon la solution Stauff, c'est prendre des banquiers pour en faire des infirmières ou des conducteurs de TPG. Il sort d'où, il a fait l'ECG ou bien.
Toutes ces infirmières frontalières, qui font un travail très dévoués et très remarquable, ce font insulter par ce triple imbécile au ÇA des HUG. Les genevois méritent bien POGGIA, MEDEIROS et STAUFFER. Il sera temps de regretter de les avoir élus une fois qu'on les aura vu dans la boîte des deux derniers, après s'être fait grossièrement arnaques avec leurs abonnements téléphoniques. C'est la démocratie, c'est beau.

Écrit par : Aziz | 13/10/2013

Genevois, souvenez-vous.
A la fin des années 1970, il y avait déjà une pénurie dans le personnel médical. Les établissements hospitaliers devaient obtenir des autorisations de séjour pour les personnes provenant non seulement d'Europe, mais aussi de Nouvelle Zélande, d'Australie et de l'Ile Maurice ! Rien n'a changé depuis. Les autorités fédérales et cantonales sont responsables de cette pénurie par manque d'esprit visionnaire. Pourquoi n'y a-t-il pas eu un programme national de formation ?
A Genève, la crise du logement existait déjà. Il fallait loger les milliers de fonctionnaires internationaux qui s'installaient. La priorité leur était donnée, au grand dam des Genevois. La situation s'est débloquée par la suite pour une courte période.
Quant au marché du travail, selon une manchette de la TdG, il n'y avait que trois chômeurs à Genève !
Genevois, courage, fuyez !

Écrit par : Dominique | 13/10/2013

Le système hospitalier souffre par période de pénurie de personnel et ce depuis les années 40! C'est un métier qui demande énormément d'engagement de soi et malheureusement l'humain d'aujourd'hui n'a plus dans ses gènes ce qui faisait la force des anciens. Savoir remplacer au pied lever sans rouspéter et travailler malgré tout de bon cœur. Le patient n'ayant rien à souffrir des humeurs du personnel.C'était la même chose en soins psychiatrique.
Mais c'était le temps ou les machines n'avaient pas encore remplacé tant d'humains.
C'est aussi une grande diffénce,un ou une infirmière malade peuvent être remplacés par une collègue.Une machine qui tombe en panne,bonjour les frais qui n'ont plus rien d'hospitalier
Dans les années 50 quelles étaient les nationalités diverses qui travaillaientparmi les cadres étaient des Allemandes,Autrichiennes ,Italiennes et des Suisses bien entendu .
La première vague de Français arrivée de Monbéliard c'était en 1966,on connait la suite.Je parle pour le canton de Neuch! Mais le personnel a toujours été un problème récurent et ce pour tout notre pays.
Cependant cette profession a connu ses heures de gloire grâce à la présence constante des Sœurs Catholique et des Diaconesses. Tous les hôpitaux fonctionnaient avec elles , congés et demandes extraordinaires n'existaient pas.
Mais les temps ont changé ! les feuilles de graphiques étaient quasi inexistantes excepté pour les températures quand aux colloques ou souvent le patient se sent délaissé,il n'y en avait pas excepté pendant la pause café et retour dare dare au sein de la division pour faire d'éventuels nettoyages qu'on soit diplomée ou pas.L'esprit de solidarité lui n'était pas un vain mot!

Écrit par : lovsmeralda | 13/10/2013

@Hommelibre, quand on pense à ce qui était demandé au personnel on se pose la question au sujet des frustrations existantes .Stérilisation des instruments,aucun papier de protection dans les lits ,ni gants en plastic .Analyse de sang dans les divisions, de quoi faire d'énormes économies non? je sais il faut vivre avec son temps dit- on cependant quand on sait le nombre de gens qui rêvent d'une décroissance ,frustrations et chomage ne sont ils pas exactement le reflet de ce qu'ils aimeraient vraiment?
On ne pourra jamais répondre à toutes les attentes et la pauvreté n'encouragera pas à la solidarité bien au contraire. Surtout de nos jours ou il suffit d'un simple clic pour obtenir bientôt tout ce qu'on veut avant même que l'article soit inventé/rire/ on voit bien que le fantasme d'un monde décroissant ne peut correspondre à la réalité
Toute belle soirée pour vous et merci pour votre blog

Écrit par : lovsmeralda | 13/10/2013

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