14/10/2013

Des cris, rue d’Italie

Rue d’Italie, dimanche. Une voix monte en volume, descend, remonte. Des mots s’incrustent dans l’air comme des flèches de feu. A l’arrêt du bus on cherche du regard. Des enfants, yeux écarquillés, courent le long de l’arrêt, scrutent l’autre trottoir.


cris,pleurs,femme,homme,rue d'italie,dimanche,portable,désespoir,larmes,trottoir,Une voiture quitte une place de parc au milieu de la rue. On découvre, face à la pharmacie, de l’autre côté, une jeune femme et son téléphone portable. Assise contre une porte d’immeuble en bois. Seule au monde.

Il faut être seule au monde pour crier ainsi dans la rue. Crier, pleurer, hurler, invectiver, pleurer encore. Chialer, dit-elle. Les murs des immeubles amplifient sa voix. Elle ne regarde que ce qu’elle a dans l’esprit. La personne à qui elle parle. Un amant en partance? Un père trop absent? Qui peut susciter autant de colère, et de détresse? La détresse est grande. Elle la crie dans la rue. Tout le monde s’est tu. Seuls ses mots remplissent le ciel. On voit qu’elle est à son affaire. Ni ivre, ni autre chose. Il n’y a rien à faire qu’accepter sa détresse. Lui en laisser le plein usage. Ne pas s’immiscer. Parfois, ne rien faire c’est faire la bonne chose. Ce n’est pas de moi, pas de nous dont elle a besoin.

- Tu n’es pas là pour moi!

crie-t-elle comme un appel, un reproche, une colère. Un désespoir. L’autre, l’invisible, la remplit tant qu’elle ne voit plus rien. Elle crie encore, pleure des sanglots mêlés de rage. Désespérée et vindicative. Elle crie pour attraper l’autre mais la défaite est proche. On la pressent dans le ton qui monte, dans le rythme qui s’accélère. On voit presque l’autre reculer tant elle s’avance.

- Tu ne m’écoute pas! Écoute-moi!

L’autre a-t-il le choix? A-t-il mis son téléphone à distance de son oreille pour protéger son tympan? Quelle place pour répondre?

- Tu n’est pas là pour moi! dit-elle.

Phrase si typiquement féminine. Phrase du désappointement. Passée et repassée en boucle dans les films quand un femme explique sa rupture. Un homme ne dit jamais cela.

- Il n’était plus là pour moi.

Elle voudrait  qu'il voie la désolation qui la gagne. Lui dise qu'elle est belle, qu'elle est importante, et que cesse la progression des ruines du cœur. Que faut-il comprendre? Qu’est-ce qu’un homme peut y comprendre? Un homme ça cavalcade en quête de nouvelles terres pour établir sa maison. Ou bien ça s’assied, tranquille, sourd au silence, aveugle aux regards qui changent. Écoutant des mots qui annoncent l’ouragan comme si c’était une langue étrangère. «Tu n’es plus là pour moi!» Qu’est-ce qu’un homme peut y comprendre? Devrait-il garder les yeux sur elle? Ne plus rien voir qu’elle, ne plus exister en dehors d’elle?

Un homme ça part travailler en pensant qu’au retour tout est toujours là.

Et elle, assise contre cette porte d’immeuble en bois, crie:

- Tu n’es pas là pour moi!

09:40 Publié dans Genève, Humeur | Tags : cris, pleurs, femme, homme, rue d'italie, dimanche, portable, désespoir, larmes, trottoir | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | | | |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

Tu n'es pas là pour moi! cette phrase va faire écho auprès de nombreuses personnes âgées et seules.Ce mal récurent de manque d'attention ou de détresse affective ne touche pas seulement les requérants. C'est la gangrène de ce nouveau siècle
Alors en comparaison si on ne fait rien pour nos compatriotes en premier comment peut-on vouloir aider les autres. Encore une fois les requérants sont devenus chevaux de batailles électorales ni plus ni moins
Et d'après certains titres ce matin l'Etat embaucherait des jeunes pour tester le monde des adultes qui vendraient de l'alcool. Pouah quelle horreur utiliser des jeunes naifs ainsi? eux auraient beaucoup à apprendre de la part de ces requérants et vice versa
Sinon on va se retrouver avec des chemises brunes comme à une triste époque! si l'article concernant ces ventes d'alcool est exact a moins qu'un autre Greenpeace soit entrain de se former à l'insu de tous

Écrit par : lovsmeralda | 14/10/2013

Cette phrase doit faire écho à beaucoup de personnes Lovsmeralda, oui.
Bonne journée!

Écrit par : hommelibre | 14/10/2013

Les commentaires sont fermés.