26/10/2013

Conseil d’Etat 2e tour: Eric Stauffer

Le problème avec Eric Stauffer est que l’on a presque à chaque intervention l’impression d’assister à un match de boxe. L’homme aime les rings, fussent-ils virtuels. Pourquoi pas. Il n’est pas le premier. En France Mélanchon joue bien au cirque Pinder, dans le numéro du fauve indomptable.


eric stauffer,élection,conseil d'état,geneve,rocky,C’est vrai, quoi. Eric Stauffer est régulièrement mêlé à des histoires spectaculaires mais non directement politiques. La tension règne à El-Paso-sur-Ginebra. Le coup du verre d’eau, les plaintes contre Le Matin, le ton musclé en général esquissent le portrait d’un homme intéressé par la castagne plus que par la finesse de l’analyse. Pourtant il sait se montrer sympathique. Un peu comme Stallone dans Rocky. Sauf évidemment quand il proposait de parquer les SDF.

Il faut dire que c’est une nature. Au débat de la RTS du premier tour, quand il a commencé à parler, plus personne n’existait. Il a cette force d’une présence indiscutable. Il a le physique pour. C’est un homme très physique. Il y va à l’énergie. Dans son sillage il fait appel d’air et beaucoup le suivent pour cette énergie.

Ce qui manque singulièrement c’est l’analyse. Je veux bien que la stratégie d’un boxeur ne soit pas écrite par Proust, encore moins par Yourcenar, mais enfin, quand-même, un peu d’analyse politique ne serait pas de trop. Or j’ai beau chercher chez Eric Stauffer une théorie politique, un discours de fond qui permette d’évaluer la profondeur intellectuelle, l’épaisseur de la réflexion, la longueur de vue, je ne trouve rien. Pas plus que de parole sur la culture, la musique, la littérature, la science, enfin quelque chose qui montre d'autres dimensions du personnage que la monomanie du coup de gueule. Frustrant pour évaluer un candidat au-delà de la caricature. Le ton ferait-il le contenu? Chez lui ça m’en a tout l’air.

«Vous en avez marre? Nous aussi»: le slogan de son mouvement résume eric stauffer,élection,conseil d'état,geneve,rocky,le candidat. Il doit bien pourtant avoir des fondamentaux. Il en a: la préférence genevoise, la nécessaire sécurité des rues, par exemple. Toutefois cela reste de l’ordre du slogan viscéral, pas de l’argumentation que l’on peut disséquer. C’est une des raisons pour lesquelles il suscite tant de rejets tout aussi viscéraux: on nargumente pas avec Eric Stauffer, on cogne. Grâce à quoi il joue ensuite l’ostracisé, le «seul contre tous». Or la victimisation ne peut être à mes yeux un programme politique ou une posture intellectuelle sur quoi l’on peut construire.

Du coup je suis plongé dans la perplexité. Je ne peux ni soutenir ni contester le candidat, ni évaluer ses capacités à siéger dans un gouvernement cantonal. Sa position sur les frontaliers? A mon avis la xénophobie est chez lui plus une posture réflexe, un râteau électoral, qu'une pensée de fond.

Je ne peux non plus crier au loup. Je ne crois pas qu'il soit un loup, du moins dans le sens sombre et prédateur. Ses propos sur les frontaliers résistent difficilement à l'analyse et seront vite recouvert par la nécessité économique dominante. J'en ai déjà parlé, les vases communicants entre le nombre de frontaliers et le niveau genevois du chômage ne sont pas si évidents. Et si l'on doit mesurer la politique au côté prédateur des candidats, il y en a d'autres!

Alors voilà. Avec Eric Stauffer je suis comme devant une carte de restaurant bien remplie, à l'image des affiches du MCG, mais je reste sur ma faim.

 

2e tour, billets précédents:

Un choix embarrassant

Anne Emery Torracinta

Le Parti Pirate sexiste

La préférence genevoise

Isabel Rochat

 

 

07:51 Publié dans Elections, Politique | Tags : eric stauffer, élection, conseil d'état, geneve, rocky | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Facebook | | | | | |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

Ouf! Voila enfin une très belle et réaliste analyse, contrairement à Monsieur Décaillet qui nous sert que des broutilles, et ne fait qu'encenser le MCG et ses leaders. Ça c'est du vrai travail journalistique, qui nous permet de corroborer le fait indubitable que le MCG serait exclusivement bon qu'au Parlement, avec la chronique annoncée d'une belle empoigne avec les députés d'Ensemble à Gauche, et non au Gouvernement où l'on a besoin des personnalités avec une carrure de Femme et d'Homme d'Etat, posés, courtois et réfléchis, comme tous ceux de l'Entente (et pourquoi pas les deux Socialistes. Car de toute évidence, pour mener des actions transversales constructives avec Berne et la France voisine cela nécessite de grandes qualités que la simple platitude protestataire, et la permanente attitude grogneuse.

Écrit par : Alban Kouango | 26/10/2013

J'appuie le raisonnement de A. Kouango : P. Décaillet en fait beaucoup trop pour le MCG, Poggia y était un temps tous les 2 soirs, sa crédibilité en est tombée en flèche tout comme celle de Léman Bleu que je ne regarde plus qu'occasionnellement, surtout après leurs nouveaux horaires. J'estime que sa direction devrait taper du poing sur la table et, dans ces conditions, tant pis si nous n'avons plus "Genève à chaud".

Écrit par : Observateur | 26/10/2013

Le MCG est ce nouveau parti bicéphale qui produit une configuration de faux alliages telle

que du chapeau devra sortir le 4e larron, un parti constitué des derniers suisses atteints d'exigence démocrate helvète bien que ne résidant ni à Vernier ni au sein des saints
je rêve. mais si les suisses résidents en zone frontalière se constituaient en parti, histoire de pouvoir revendiquer nos droits?

Écrit par : pierre à feu | 26/10/2013

Il n'a pas fait la Sorbonne, ok. Mais je me souviens quand même de son dernier passage à Infrarouge où il n'a pas qu'aboyé ou dit des conneries... en tout cas pas davantage que ses détracteurs.
Maintenant, venir dire qu'il n'y a pas de problèmes avec les frontaliers - autant à Genève que sur Vaud - et dire que tout est "extra bleu ciel", c'est quand même cacher la merde au chat.
Le problème des "faux" frontaliers est devenu lancinant. Ces gens provenant de l'autre bout de l'Hexagone qui viennent s'installer à 20 m de la douane pour profiter du statut de frontalier, c'est pas un mirage.

Écrit par : petard | 26/10/2013

Le problème posé aux suisses,

à Genève comme en toute autre ville suisse frontalière,

c'est l'exclusion de suisses de l'emploi face à une concurrence si déloyale si impossible à combattre

que ce n'est qu'UNE SITUATION DE NON DROIT.

Écrit par : pierre à feu | 26/10/2013

hum... pour moi, il est bien clair que je ne voterai pas pour :

Une personne qui manque de respect autre autres politiciens

Une personne qui censure systématiquement sur son blog tout commentaire qui n'irait pas dans son sens et même quand il va dans son sens :-)

Mais je ne voterai pas non plus pour :

Les autres personnes qui passent leur temps à taper du sucre sur les autres, sans présenter aucun programme fiable, pragmatique, précis et chiffré.

Et Stauffer n'est pas le seul dans ce cas. Bien loin de là, il suffit de lire les blogs de la Tribune.

Je regrette un peu que vous fassiez l'amalgame facile entre Stauffer et le MCG, même s'il est président de ce parti, qui a quelques bonne idées et en tous cas est moins langue de bois que beaucoup d'autres, car si l'un devait être élu dans celui-ci, ce serait sans aucun doute Poggia qui fait un travail remarquable à Berne, mais de cela, personne n'en parle.

Je regrette depuis des lustres que Stauffer soit un handicap à ce parti, même s'il a aussi des qualités, mais qu'il les utilise mal.

Comparer Mélenchon à Stauffer ne me paraît pas adéquat. Mélenchon, pendant les présidentielles, avait de très très loin, le projet le plus abouti sur le plan économico-écologique le plus intelligent, le plus pragmatique, incroyablement travaillé et précis, à tel point que les écolos eux-même en furent tellement jaloux qu'ils l'ont saboté :-)))

On ne peut pas comparer ce qui n'est pas comparable.

La vision holistique et à long terme, le respect, le sens de la responsabilité manque tellement à nos candidats d'aujourd'hui, que franchement, moi, je ne sais pas pour qui voter, comme beaucoup d'autres qui en ont marre de cette guerre puérile d'école maternelle, de futurs élus qui seraient incapables de travailler ensemble pour le bien commun au lieu de bosser pour leur petit ego surdimensionné.

Et comme l'ai déjà dit ailleurs : Je rêve d'un monde où l'on aurait des adultes à élire.

Écrit par : Jmemêledetout | 26/10/2013

M. Petard, J'habite à 300 m de la douane. Tous mes voisins travaillent à Genève, hormis deux ou trois retraités. Je suis suisse, mon épouse également et vous savez quoi, à ma connaissance, dans ma rue, tous mes voisins aussi: suisses ou double-nationaux. Tous.
C'est évident qu'il doit y avoir ailleurs des gens qui viennent de plus loin, mais je vous parle de mon cas personnel. Et ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi ce serait plus gênant ou plus désagréable, pour vous, qu'un nouveau résident du Grand Genève venu de l'autre bout de l'Europe décide de s'installer en France voisine plutôt qu'à Genève ?
Vraiment, sincèrement, j'essaie, mais je ne parviens pas à comprendre en quoi c'est plus méchant, ou plus injuste ou plus agressif ?
Au point que dans un cas, à Meyrin ou Vandoeuvres il faudrait protéger et dans l'autre cas, à Gaillard ou Ferney, il faudrait éradiquer ? MXG dixit. Vraiment je cale, là. Surtout que pour vos impôts, il vaut mieux que ce soit à Ferney ou Gaillard que ces immigrants s'installent.
La seule chose que je vois, c'est qu'à salaire égal, de l'autre côté de la frontière, il vivra mieux que vous. Ce serait donc de la pure et simple jalousie. Mais aors pourquoi ne pas déménager et venir nous rejoindre de ce côté-ci, si notre existence vous frustre tellement ?

Écrit par : Jean Billy | 26/10/2013

Juste une Question: Quelle valeur reste accordée aux suisses qualifiés expérimentés diplômés.
En droit. dans l'accès au travail. à qualifications égales voire plus.

face aux emplois. face à l'ANPE française pour les frontaliers postulant en Suisse.

Réponse actuelle de salariés RH (maj fr) employés d'agence de placement en Suisse: rien, ni diplôme ni aucune expérience exigés: on se fout des expériences, des capacités.

Car pour ces employés étrangers d'agences d'emploi, seul le profil compte: et pour eux, suffit de paraître SEXY - une jeune fr diplômée en histoire pourra par ex convenir au poste d'assistante juridique bilingue.

d'un avocat d'affaires soumis au contrôle blanchiment d'argent.

par exemple.
salariée fr stressée sous le poids du job à remplir et en mal de
vous avez compris?

Écrit par : pierre à feu | 26/10/2013

Je complète: "salarié stressé car non qualif sous le poids du job..." qui se porte malade. puis se fait remplacer par l'emploi en tempo de suisses séniors qualifiés pour son job, puis donne sa dém.

exemple d'emploi de fr frontalière sans qualif dans une étude d'avocats sur un poste où son employeur lui paya stage de formation + linguistique, plus séjour en hôtel rue du Mont Blanc quand la neige fut venue car les bus ne circulaient plus très bien chez elle vers Gex...

où cette fr non qualif demanda et obtint pendant son congé son remplacement en tempo par chomeur CH hype qualifié

où comment à Genève on se fout des suisses qualifiés au chomage

Écrit par : pierre à feu | 26/10/2013

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