04/11/2013

Aux Marionnettes de Genève: Les lois du Marché

Ai assisté au nouveau spectacle du Théâtre des Marionnettes de Genève: Les lois du marché. Un opéra bouffe pour marionnettes et comédiens et comédiennes signé par Olivier Chiacchiari sur une musique d’Hélène Zambelli. Il s’agit d’une création.


culture,marionnettes,geneve,lois du marché,marchais,fable,satyre,fascisme,pdf,Dans la présentation remise à l’entrée, malheureusement entachée de langue épicène (comédien-ne-s), l’oeuvre est décrite comme une «fable politico satiryque» légère à la manière d’Offenbach. La référence à Offenbach est très ambitieuse et le résultat n’y est pas, ne serait-ce que par la différence d’ampleur d’orchestration et d’inspiration. 

 

La musique, justement. Très présente, elle est bienvenue et adaptée à l’oeuvre. Les instruments et le volume, et même la présence scénique, font un tout avec le spectacle. Quelques clins d’oeil musicaux - que je laisse découvrir aux prochains spectateurs - rendent la partition presque familière.

 

Le dispositif scénique est bien trouvé, avec cette sorte de carrousel qui permet de changer de temps et de lieu en quelques secondes, voire d’en soutirer l’effet tournis quand c’est opportun. Ce dispositif est également servi par un excellent travail d'éclairage.

 

Les voix des acteurs sont typées et choisies avec soin. Les personnages sont bien joués. Jusque là l’oeuvre est agréable et plaisante. 

 

Ma réserve, et elle est importante, porte sur le texte. Si le style d’une fable permet quelques simplifications, les fabliaux passés ou les oeuvres de La Fontaine sont d’un autre niveau. Ici on dirait un texte écrit par des potaches pour une vague fête de lycée. L’alignement de poncifs ne fait pas oeuvre, et n’est pas Ionesco qui veut. Les clichés passent du cigare du PDG et du maire pourri, à la droite représentée par Marie-Adèle «Von», au cri de «phallocrate», puis de «domination masculine», en passant par le pédophile anthropophage et autres scènes sado-maso avec un PDG en laisse (il aurait été original que l’auteur fasse crier à ce moment: «domination féminine»), ou de partouzes dont on sent bien qu’elles sont là pour faire boeuf plus que par lien réel avec l’ensemble. Cette montée en épingle filigranée des affaires DSK ou Stern prend ici une dimension généralisante sur les moeurs politico-économiques. J’y vois une pointe de démagogie. Ce sont hélas ces clichés qui suscitent rires et applaudissement dans le public. Celui-ci est-il politiquement trié ou n’a-t-il pas plus d’exigences intellectuelles? 

 

On a ainsi un patchwork de scènes pas toujours liées mais appuyant un discours qui se voudrait critique, et qui ne réussit selon moi qu’à ressasser des clichés sans recul ni analyse. Le patron est toujours le salaud, le travailleur est bête et prêt à faire le salut fasciste devant le PDG. Cette image finale frappe, bien sûr, mais elle fait l’amalgame entre patronat et fascisme d’une manière qui va au-delà de la satyre. On est même dans une allusion très claire puisque la pièce se passe en «Germanie anglo-saxone». Le libéralisme présenté comme une succession de diables-PDG aurait mérité quelques remarques sur la liberté et la responsabilité qui en sont des marqueurs forts. Au lieu de cela, et malgré une critique assez légère du peuple bête qui se met entre n’importe quelles mains, il y a une forme d’accusation et de procès d’intention implicite. L’auteur, qui se prend un gros point Godwin, prétend avoir écrit un livret affranchi de toute propagande. Pourtant on finit en plein dans une propagande insidieuse amalgamant libéralisme et fascisme. Le salut fasciste en guise de fin est nauséabond. Surprenante perte de neutralité dans un théâtre subventionné.

 

En résumé, écouter 10 minutes d’interview de feu Georges Marchais sur youtube suffit à faire comprendre la pièce dans son contenu comme dans son simplisme. Même d’une fable satyrique on peut attendre une écriture mieux pensée et mieux dansée. La pièce fait-elle réfléchir comme c’est l’intention de l’auteur? J’ai l’impression qu’elle téléphone tellement la réaction que la réflexion est piégée, sauf à mettre en cause non plus le thème mais l’oeuvre elle-même parce que partisane et réductrice. L’affiche du spectacle est d’ailleurs explicite de cette vision réductrice et exclusive des relations de travail.

 

Je suis franchement critique sur le texte qui pour moi plombe une belle réalisation et de bons comédiens et musiciens. Mais ce n’est que mon sentiment, et les applaudissements nourris à la fin montrent que je suis probablement le seul à développer ce regard critique sur le texte.

 

10:48 Publié dans Créativité, Culture | Tags : culture, marionnettes, geneve, lois du marché, marchais, fable, satyre, fascisme, pdf | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | | |  del.icio.us | Digg! Digg

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