08/11/2013

Grand Conseil: réponse au discours imaginaire de Caroline Marti

La benjamine du Grand Conseil, Caroline Marti, a livré à la Tribune le texte du discours imaginaire qu’elle aurait prononcé si elle avait eu l’heur d’ouvrir la nouvelle législature. J’ai pris mon clavier pour répondre avec malice à la députée.


grand conseil,geneve,caroline marti,socialiste,logements,crèches«Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les députées et députés, Chères et Chers élues et élus, Mademoiselle ou Madame,

Vous remarquerez d’emblée que j’écris ma réponse en bon français plutôt qu’en langue barbare épicène. Puisqu’un discours est destiné à être prononcé, je me demande bien comment vous auriez fait avec votre entrée en matière d'origine, dont j’imagine que les sonorités inconcevables auraient blessé les oreilles de vos auditeurs-trices:

«Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les député-e-s, Cher-ère-s collègues».

Juste entre nous, vous m'intriguez: députééééeeeesssss, je veux bien, ou chèèèèrrreeeessss collègues, mais comment prononcez-vous le trait d’union?

Vous êtes formidable, Caroline Marti, et vous pourriez bien aboutir un jour au Conseil d’Etat. Votre propos est si lisse, si consensuel, que tout le monde va vous aimer. On sent bien un peu le discours d’appareil, d’ailleurs vous y travaillez, au Parti, mais on ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs.

Vous dites: «Je souhaitais vraiment être élue, (...) réduire les inégalités, défendre les intérêts des jeunes à Genève».

De quelles inégalités s’agit-il? Salariales? A quel taux au fait: 8%? 11% 18% 27% Cela change si vite! Mais avez-vous des preuves de ce délit? Je veux dire: des preuves concrètes, pas des chiffres abstraits, que toutes conditions identiques des femmes seraient délibérément et méchamment discriminées par le salaire? Par exemple, des milliers de fiches de paie comparatives dans les mêmes entreprises, avec la même formation, ancienneté, niveau de responsabilité, bref toutes conditions identiques? Ou quelques milliers de jugements de Prud’hommes? Car sans cela - je suis un mécréant, je sais - je n’arrive pas à y croire. On fait dire tant de choses opportunes aux chiffres. Mais enfin, c’est dans l’air du temps, je sais. Il faut des thèmes électoraux.

Vous dites ensuite vouloir défendre les intérêts des jeunes. Ah, les djeuns, faut aussi lancer les filets par là. C’est juste un peu communautariste car on attend d’un député qu’il s’occupe de tout le monde, même des vieux qui mangent du pain sec dans leur cuisine. Au fait, de quels jeunes voulez-vous défendre les intérêts? Parce que dit comme ça, sans précision, on n’en sait rien. Il y a tant de jeunes différents: les sportifs, les musicos, les fumeurs de joints, les musicos fumeurs de joints, les dealers, les chômeurs, les bosseurs, les inventifs, ceux en casquette, ceux en cagoule, ceux à lunettes, les péèsses, les pédécés, les udécés, bref, lesquels?


Construire dans le lac
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Vous parlez aussi de manière assez générale du manque d’ambitions des autorités en matière de logement, de création d’emploi et de places de crèches. Entre nous, quels risques ambitieux avez-vous pris dans votre jeune vie? Car être déjà apparatchik à 24 ans et se faire élire dans le parti pour lequel on bosse, ce n'est pas une marque indélébile d'ambition. Mais bon.

Suggestions: vu le peu de place à Genève, une belle ambition serait de construire dans le lac. Sous l'eau pour préserver la vue. On relierait l'entrée du nouveau quartier au tunnel sous la rade. Parce que, même rehausser les immeubles semble trop ambitieux. Ainsi en 2011 la ville, soit une majorité de gauche menée par Rémy Paganini, le joueur de violon de Hamelin, avait refusé un rehaussement à la Jonction, avec 120 appartements nouveaux. Vous auriez dû vous faire élire à droite si vous voulez des logements. La gauche n'en veut pas. Et si malgré tout vous tentez quelque chose, vous aurez le WWF sur le dos pendant 20 ans. D'ici là, vous aurez émigré en Haute-Savoie, ou dans le canton de Vaud, parce que même Choulex ou Avusy seront saturés.

Pour ce qui est de la création d’emploi, vous devriez dire deux mots à Sandrine Salerno, socialiste, Maire permanente de Genève d’après son blog, qui se demandait pour qui et pourquoi attirer des multinationales. Ou qui snobait le Salon de l’auto. Bref, s’il y avait un déblocage des mentalités, des emplois seraient aussi débloqués.

Enfin vous réclamez plus de place de crèches. Bien. Mais que proposez-vous pour soutenir les familles à part de faire élever leur enfants par des puéricultrices? J’en connais, des puéricultrices, très dévouées et maternelles, mais n’est-il pas souhaitable aussi de soutenir les familles qui voudraient, au nom de la qualité de la vie que défend la gauche (en principe), soutenir d’autres modèles que ceux des deux parents qui travaillent à plein temps? Ah ben non, vous n’êtes pas pour: «Osons dépasser notre modèle familial en instaurant un congé parental et en créant plus de places de crèche!»

La famille, c’est vrai que c’est dépassé.

Bon, ma malice s’arrête ici, sur cette phrase que vous lancez comme un cri du coeur: «Osons être visionnaires». Je vous propose de commencer à l’être vous-même et si c’est le cas je vous soutiendrai de tout mon clavier. Mais il y a du boulot. Parce que, c’est pas pour vous embêter, vous semblez une bonne apparatchik et vos chaperonnes néo bourges doivent être fières de votre discours, mais quand-même, ce que vous écrivez, tout le monde aurait pu l’écrire. Me dites pas que l'Uni vous a à ce point formatée...

Ce n’est pas vraiment comme cela que j’imagine être visionnaire. Comme quoi, apparatchik ou visionnaire, il faut choisir. Mais vous êtes jeune, cela peut encore venir. Et votre gueule d'ange vous fera pardonner beaucoup de choses. Pendant un temps.

Bonne route!

07:25 Publié dans Genève, Humour, Politique | Tags : grand conseil, geneve, caroline marti, socialiste, logements, crèches | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | | | |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

Il n'y a rien de pire - et plus genevois - qu'un citoyen se permettant de faire la leçon à un-e élu-e. Ondirait Décaillet.

Car finalement, si vous êtes si certain de ce qu'il faut faire ou pas, pourquoi ne vous êtes vous pas présenté?

Le Grand Conseil Genevois a sans doute bien besoin de quelques partitions de musique pour se (re)mettre dans le rythme...

Écrit par : Frontal Bard | 08/11/2013

Chacun sa partie. Dans certains domaines c'est moi qui suis actif, ici je ne fais que commenter. Pour mener une carrière politique il faut des compétences que je n'ai pas.

Par contre il me paraît utile de souligner quelques aspects du discours de madame Marti et les comparer à ce que son camp fait par ailleurs. Cela sur un mode plutôt humoristique et en relevant qu'être visionnaire et ambitieux n'a pas la même définition pour elle que pour moi.

Elle mélange quand-même une forme de consensus incitatif et fédérateur, et des éléments de programme partisan; cela vaut bien un étonnement. Leçon? Je n'en ai pas l'impression, mais si vous le ressentez ainsi.

Puisse-t-elle le prendre avec humour plutôt qu'humeur!... :-)

Écrit par : hommelibre | 08/11/2013

"Elle mélange quand-même une forme de consensus incitatif et fédérateur, et des éléments de programme partisan"...

Effectivement, mais par ailleurs, il-elle-s font tous-toutes cela... Gauche, droite, extrême gauche extrême droite... Surtout en ce moment où il a des sièges à ravir.

Votre étonnement ne releverait-il pas, dès lors, d'une certaine naiveté?

Écrit par : Frontal Bard | 08/11/2013

Je dirais que cela m'a plus titillé chez elle, qui débute en politique, que chez des briscards ou des grognardes connaissant les ficelles. Et chez tous et toutes, je trouve cela regrettable.

J'apprécie quand certaines distances sont respectées. Je suis admiratif des personnes qui savent le faire. Je dirais que c'est une partie de mon apprentissage personnel de vie.

Cela n'empêche pas que des proximités non demandées puissent être opportunes, comme en littérature ou dans certaines relations humaines, spontanément. Mais en politique je les trouve dérangeantes, et plus risquées: on peut entraîner un pays avec le "nous" et l'impératif.

Écrit par : hommelibre | 08/11/2013

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