10/01/2014

Traversée rade ou lac: ceci n’est pas l’évangile

Le député libéral Daniel Zaugg a donc sorti de sa manche un projet de traversée pour contrer la traversée de la rade. Formidable, cet esprit d’à-propos. Mais ne pouvait-il pas le faire précédemment? Un tel projet ne peut surgir de rien, sans réflexion préparatoire. Non, il méditait sur sa réélection de justesse en octobre, et cherchait comment se faire remarquer dès maintenant pour être réélu dans cinq ans. Il a trouvé.


rade,lac,traversée,pont,tunnel,Bien. Monsieur Zaugg compare les projets et montre une animation en deux images. On y voit ce que chaque projet - traversée de la rade et traversée du lac - a comme effet: décharger une partie du centre (en bleu), en surcharger d’autres (en rouge). Ces images ne sont pas l’évangile. Elles ne sont pas la réalité. Ce sont des modélisations. Donc de la prospective informatique dans laquelle on met les informations que l’on veut de la manière que l’on veut. En partie déconnecté du réel, donc. Pas difficile de faire dire à une modélisation ce que l’on attend d’elle.


Selon ces modélisations le tunnel sous la rade, desserte de proximité,  surchargerait l’avenue de France et la rue de Lausanne. J’y reviens parce que l’enjeu est important. D’une part l’avenue de France est déjà un axe utilisé pour aller vers le pont du Mont-Blanc. Pourquoi donc serait-elle plus chargée? Et la circulation peut y être rétablie plus normalement. Il faut remettre en question le système de blocage totale de voies rade,lac,traversée,pont,tunnel,pour le passage d’un tram toutes les 6 à 12 minutes. Quant à la rue de Lausanne, on en a fait une desserte de village! Il faut prévoir de la remodeler et d’en fluidifier le trafic. Et comment la traversée du lac, desserte régionale, pourrait-elle décharger davantage le centre ville ville qu'une dessert de proximité, le tunnel sous la rade? Aucune explication. Croyez aveuglément, mes frères!

Pour la rive gauche, on peut envisager plusieurs itinéraires, certains menant vers Puplinge et la campagne, d’autres vers les Trois-Chêne. Chaque desserte sera moins chargée. C’est une question d’abord de choix politique.

Donc quand le député Daniel Zaugg dit que la traversée de la rade ne sera pas faisable et pas utile, il veut simplement dire: «Je n’ai aucune volonté politique dans ce sens, j’ai même une volonté politique totalement contraire».

Il ne faut pas invoquer des impossibilités techniques là où il y a d’abord un refus politique. M. Zaugg a certainement obtenu l’aval de son parti pour présenter ce contre-projet  qui n’est que le projet déjà existant dans le rapport Mobilité 2030.

Le parti Libéral prend donc la succession des Verts dans le blocage de Genève.

Il faudra s’en souvenir aux prochaines municipales et dans cinq ans. Et considérer les deux dessertes comme complémentaires quand il faudra voter: double oui.



(Cliquer pour agrandir les images)

16:21 Publié dans Genève, Urbanisme | Tags : rade, lac, traversée, pont, tunnel | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | | | | | |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

Cher M. Goethelen, je me sens obligé de corriger un grand nombre d'erreurs factuelles:

1) Mon nom est Daniel Zaugg et non Christian qui est un élu d'ensemble à gauche qui n'apprécie sûrement pas de se faire ramasser à ma place.

2) J'entame ma 3ème et très probablement dernière législature donc ma réélection n'est pas à l'ordre du jour

3) A ce jour mon parti veut les deux traversée mais c'est le rôle d'un commissaire d'approfondir un sujet et de se faire sa propre opinion. Les PLR de la commission des transports m'ont suivi ou, plus justement, accompagné...

4) Aller en commission défendre l'opinion d'un parti c'est du dogmatisme. Pour faire de la politique politicienne, on a déjà les plénières

5) La modélisation utilisée pour mes images ressort du "modèle multimodal transfrontalier" utilisé aussi bien par l'OFROU et la DGM que par les partenaires Français et qui a fait ses preuves. Sur quoi se basent VOS affirmations?

6) L'avenue de France sera plus chargée car une partie du trafic de l'autoroute de contournement sera redirigée sur la traversée de la rade qui par ailleurs attirera également un certain nombre de personnes qui, sans elle, auraient pris le CEVA

7) La traversée de la rade ne débouche sur aucune "petite ceinture", c'est juste une traversée

8) La traversée du lac crée un véritable périphérique de Genève: les gens préféreront pour de nombreux trajets sortir de la ville, faire le tour et re-rentrer, d'où décharge du centre-ville

En tant que blogueur émérite et parmi les plus lus de Genève vous n'êtes pas sans savoir qu'un blog doit être court et percutant. Ce n'est donc pas l'endroit pour publier de longues explications détaillées...
Dans le cadre des auditions menées par la commission des transports je dispose déjà de deux classeurs fédéraux d'études sur le sujet et je peux vous affirmer que c'est sur leur base que j'ai changé d'avis (oui, j'étais au départ partisan de la petite puisqu'on ne pouvait pas avoir la grande).
Ce qui m'a convaincu, c'est la démonstration qui m'a été apportée que l'on pouvait construire la grande, la financer, le cas échéant sans aide de la confédération, le tout AVANT 2030, et que c'était légalement réalisable.

Alors vous avez raison, on peut toujours mettre en doute la validité d'une étude, la qualité d'une modélisation mais en face qu'avons nous?

Hormis l'affirmation martelée sur tout les tons que cette traversée de la rade est une bonne chose, ce qui a été le cas pour l'UDC puisqu'elle leur a permis de rafler des voix au élections, il n'y a rien!

1) L'étude Cramer de 2004, sur laquelle elle se base, émet elle-même de sérieux doutes sur l'utilité de cette traversée et relève déjà le problème de saturation des accroches

2) Coté financement, la seule proposition de l'UDC passe par l'endettement, ce qui est rendu impossible par le mécanisme de frein à l'endettement

Il est facile, cher M. Goethelen, de me prêter des intentions politiques et de m'accuser de vouloir torpiller le projet sans avoir d'arguments solides, mais ce sont un peu des affirmations gratuites. Sur le plan des arguments techniques ou financiers pour et contre, je suis prêt à débattre quand vous voulez...

Écrit par : Daniel Zaugg | 11/01/2014

Monsieur Zaugg,

Merci pour ces précisions. Je vous prie d'accepter mes excuses pour l'erreur de prénom. J'ai fait la rectification.

Autre petite erreur: mon nom ne prend pas de "h".

:-)


Le procès d'intention était un peu provocateur. Mais sur le fond je ne suis pas convaincu par vos arguments. La traversée du lac avant 2030? Sur quelle base faudrait-il croire à cela, quand on connaît la durée de mise en oeuvre de tous les grands projets à Genève? Pour croire à cet argument il faudrait des confirmations et garanties (au moins morales) au plus haut niveau. Et encore.

Par ailleurs je reste à penser que la traversée du lac n'aura que peu d'effet sur la circulation de proximité rive gauche - rive droite. Et la réfection du pont du Mont-Blanc, plus sa possible transformation en vue de privilégier une ligne de tram (et éventuellement la mobilité douce), ralentira encore le transfert très local entre les deux rives. A moins d'en faire un pont à 8 voies, mais qui le proposerait?

Il n'y a en effet pas de projet de petite ceinture. On peut améliorer cependant les axes existants. Les voitures ne sont pas le diable, elles font partie de la vie des gens, des moyens de locomotion et de la prospérité de la région. Il faut donc inverser la politique menée contre elles depuis des années. Une volonté politique devrait déjà permettre d'étudier les possibilités de suppléer au manque de petite ceinture en fluidifiant les axes actuels en tenant compte de tous les moyens de déplacement, comme la Constitution le veut.

Je n'ai pas de solution toute faite mais je doute que l'on ait vraiment cherché dans ce sens durant les 30 dernières années. L'étude Cramer n'est à ce point de vue pas une référence objective. Avec le tunnel on ne pourra pas s'appuyer seulement sur un ou deux axes majeur de part et d'autre de la rade. J'imagine bien la complexité de la question. Cela ne doit pas nous rebuter.

Sur la question du financement, je n'ai ni compétence ni avis personnel me permettant d'émettre une opinion ou une proposition.

Bien à vous.

Écrit par : hommelibre | 11/01/2014

Désolé pour le "h" de trop.

Une remarque encore: le projet de contreprojet, je ne l'ai pas sorti de ma manche. Comme tout le monde j'étais convaincu qu'il n'était pas possible d'opposer un projet de route nationale à une route cantonale. L'une doit être construite par la confédération, l'autre par le canton.
C'est le TCS qui a eu l'idée d'étudier la faisabilité juridique d'une telle démarche.
Je voulais la petite car Berne ne voulait pas faire la grande, ou en tout cas, pas assez rapidement à mon goût.
L'avis de droit que le TCS m'a remis, rédigé par un ancien juge fédéral, m'a convaincu qu'il était possible que Genève puisse construire une route nationale qui serait ensuite intégré et à terme entretenu par la confédération.
Pour ce qui est du financement, ne nous cachons pas les yeux, les deux sont chères!
La différence c'est que pour le contreprojet il y a plusieurs sources de financement possible et on peut fixer des délais réalistes, tandis que pour la petite, Genève devra tout assumer toute seule.
Même si vous n'êtes pas un spécialiste, vous conviendrez que trouver ET dépenser 1.17 milliards d'ici 2020 tient de la gageure!
Dernier point: Je suis totalement d'accord avec vous quand vous dites qu'il faut en finir avec le blocage systématique de la voiture et qu'il faut absolument cesser de la diaboliser. Si vous visitez mon blog http://www.daniel-zaugg.ch et que vous lisez la rubrique mobilité, vous verrez que ma ligne sur ce sujet n'a jamais dévié depuis ma première élection.
Si vous êtes intéressé, je suis tout à fait prêt à vous expliquer de vive voix les arguments techniques qui m'ont convaincu que la petite était un choix des plus discutables...

Écrit par : Daniel Zaugg | 12/01/2014

Bonjour,

J'écouterais volontiers vos arguments techniques de manière plus complète. Pensez-vous organiser quelques réunions à cet effet pour informer des citoyens qui veulent en savoir davantage? En effet je ne me permettrais pas de vous prendre autant de temps à moi tout seul, donc je m'inscris virtuellement à une séance d'information, si vous en prévoyez.

Bon dimanche.

Écrit par : hommelibre | 12/01/2014

Je serais reconnaissant à Monsieur Zaugg de bien vouloir nous donner plus de détails sur ses affirmations :

- Quels seraient les organismes ou particuliers qui auraient manifesté un intérêt à investir dans une traversée autoroutière et refuseraient de le faire pour une traversée urbaine et dans quelles proportions ?

- Comment calculent-ils leur rendement si nous tenons compte des besoins pour l'entretien de l'infrastructure et son caractère d'ouvrage d'utilité publique.

- Quelles sont les garanties d'une reprise des frais induits par la Confédération ?

- Où en sont les plans de développement du quartier de la Pallanterie qui est LA condition principale du préavis de refus de l'OFROU ? Selon réponse de Mme Künzler, il n'existe pas l'ombre d'un projet.

- Partant, comment prévoir la réalisation d'un tel ouvrage avant l'horizon 2030 ?

- Les genevois seraient prêts à tripler leur trajet et payer pour traverser le lac, pour éviter les bouchons du centre ? Sur quoi vous basez-vous ?

- Il n'existe pas de petite ceinture ? Alors qu'attendons-nous ? La merveilleuse route des Nations à 6 voies terminera-t-elle en cul-de-sac ? Le tunnel de Carouge devrait-il être démoli ? L'autoroute de la Praille ne serait-elle qu'un aspirateur pour le surplus de l'autoroute de contournement ?

Je m'inscris aussi à la séance d'information, un débat serait peut-être plus courageux.

Écrit par : Pierre Jenni | 12/01/2014

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