23/01/2014

La Chancelière d’Etat et l'apartheid sexiste

«Anja, oh, Anja...»

J’ouvre le fascicule édité au sujet des prochaines votations cantonales du 9 février. En page 3, la Chancelière d’Etat de la République et Canton de Genève, Anja Wyden Guelpa, marque l’Histoire d’un préambule, disons, surprenant.


geneve,votation,9 février,chancellerie,anja wyden guelpa,féminisme,sexisme,hommes,femmes,votation,angie,Après une mise en bouche sur le ton de «C’est la première fois qu’on envoie un homme sur la lune», elle continue en regrettant que cela ne soit pas une femme. Enfin, façon de parler. Elle fait d’abord remarquer que certaines votations cantonales du passé n’ont été honorée que par un taux de participation de 28,3%.


Puis madame Anja Wyden Guelpa (ah, j’aime ce prénom) nous conduit sans autre forme de procès vers la question des femmes - encore elles, nom d’une pipe! Qu’ont-elles fait cette fois? Eh bien, il y aurait près de 2% de moins de votantes que de votants. Alors que nos délicieuses compagnes, mères et amies formeraient 55% de l’électorat. Et donc, par déduction, les hommes n’en formeraient que 45%.


Ce qui en soi est déjà discriminant: 55% contre 45%. Où est l’égalité? Où sont les hommes? Où est l'impossible parité numérique?


Anja Wyden Guelpa (ce prénom... ah...) rappelle au passage qu’il n’y a que vingt-six députées et qu’une seule Conseillère d’Etat. La Chancelière, dont le rôle devrait être neutre en tant que représentante de la pérennité de l’Etat, ravive donc une querelle sexiste et prend ouvertement parti pour une catégorie spécifique de la population. Elle termine même son allocution lunaire par une incitation au vote destinée uniquement aux femmes.

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Ah, ces femmes qui rechignent à aller voter ou à se présenter sur une liste, quelle trahison à la communauté féminine! Pire: s’il n’y a que vingt-six élues c’est qu’une bonne partie des électrices votent pour des hommes. Horreur, malheur! Honte sur vous, mesdames. Car en bonne logique, selon laquelle il y aurait un lien entre le nombre de votantes et le nombre d’élues, il faut que les femmes votent pour des femmes. Et les hommes pour des hommes, donc?


Le communautarisme de genre sera ainsi fixé, figé. On pourrait même le mettre dans la constitution. Car utiliser un support neutre édité par l’Etat pour faire de la propagande féministe, c’est bien étrange. Ce serait plus clair si une telle volonté d’apartheid sexiste était inscrite dans le marbre de notre loi fondamentale.


Je ne savais pas qu’Anja (ah, ce prénom...) Wyden Guelpa avait pris le relais du Bureau de l’égalité. Il est vrai qu’on se demande toujours à quoi sert celui-ci, à part payer quelques dames pour philosopher sur l’importance historique de leur présence sur leur chaise, tout en écartant systématiquement les hommes de leurs préoccupations - comme d'habitude.


La Chancellerie d’Etat est devenue partisane. Ainsi, pendant que dans la société, le mâle, le vrai, recule, le Mal féministe, lui, avance. Anja, dans quelle compétition femmes-hommes vous jetez-vous à corps (électoral) perdu? Moi qui croyais naïvement, en regardant votre image de grande fille sage, que vos yeux magnifiques et votre sourire irrésistible servaient à mettre tout le monde d’accord. Ben non. Une femme n’est pas seulement ses beaux yeux ou son sourire charmeur. Même si vous m’inspireriez bien une chanson, style Rolling Stones. Vous voyez? Il suffirait de remplace le «ie» par «a». Ce qui donnerait, dans le texte: «Oh, Anja, I still love you».


Votre prose, certes peu originale mais dans l’air du temps, démontre que les prunelles des brunes ne comptent pas pour des prunes.


Mais, euh, petite question déplacée: prévoyez-vous des sanctions pour celles qui ne votent pas? Je ne sais pas, au motif de trahison de clan, par exemple?



Commentaires

«QUI TROP COMBAT LE DRAGON DEVIENT DRAGON LUI-MÊME»

(Texte à paraître cette nuit sur mon blog)

Cette citation de Friedrich Nietzsche, tirée de son livre Ainsi parlait Zarathoustra, illustre bien mon confrère blogueur John Goetelen. J’ai pour lui beaucoup de respect car il a dans son combat une véritable cohérence, de celle qu’on ne retrouve pas partout, surtout en politique. Mais en attaquant de front la chancelière d’Etat, Mme Anja Wyden Guelpa, ce cher John rate sa cible. Raillant la chancelière pour un texte qu’il trouve opportunément féministe, le blogueur l’accuse de favoriser l’apartheid des sexes. Anja Wyden Guelpa, elle, ne fait dans la brochure incriminée qu’établir des faits: les femmes votent moins que les hommes à Genève.

Et la Chancellerie à Genève tente de réduire les inégalités de vote entre les différentes générations et les sexes. Ce n’est pas nouveau, et c’est un travail à la fois difficile et légitime dans une démocratie. Car chacun doit pouvoir s’exprimer. Preuve en est la création, l’année dernière, du concours Cinecivic: adressé essentiellement aux jeunes entre 15 et 25 ans, la Chancellerie a mis au point une incitation pour promouvoir le vote et les droits politiques envers la catégorie qui participe le moins dans notre canton. La Chancellerie insinue-t-elle pour autant que les plus âgés ne doivent pas voter? Bien sûr que non. C’est pourtant le pas que franchit allègrement John Goetelen en accusant la chancelière d’Etat de lever son poing bien haut en faveur d’une lutte féministe qui écarterait de facto les hommes.

C’est tout simplement faux. Anja Wyden Guelpa aurait sans aucun doute rédigé le même texte si la proportion des hommes votants était moins élevée que leur force électorale. Pourquoi? C’est tout simple. La démocratie fonctionne a priori mieux si chaque personne ayant le droit de vote exprime son avis dans les urnes. Les rapports de force sont ainsi «naturels», si je puis dire, et correspondent à la réalité des intérêts particuliers, convergeant ainsi avec l’intérêt général. Les femmes, depuis près de 40 ans maintenant, ont le droit de vote en Suisse. Elles doivent donc, dans leur intérêt, user de ce droit. Réduire ce simple constat à une lutte féministe abusive, comme le sous-entend John Goetelen, relève de la malhonnêteté intellectuelle la plus crasse.

Bien évidemment, quand on focalise son attention sur un mal en particulier, que l’auteur nomme d’ailleurs «le Mal féministe», on a tendance à voir ce mal partout. Même lorsqu’il n’est pas présent. Et c’est justement ce que fait M. Goetelen dans son dernier blog. Mais comme il l’a fait à l’époque avec Michèle Künzler et Isabel Rochat, attaquer les femmes de pouvoir semble lui être une pratique familière. C’est bien dommage, car en agissant ainsi, le blogueur le plus lu de la Tribune de Genève décrédibilise son combat, qui est de dénoncer les dérives du féminisme. Comme dans toute idéologie, il y a des adeptes de l’excès. Et les autres. Je ne crois pas que l’on puisse accuser Mme la chancelière d’Etat de figurer dans la première catégorie.

Grégoire Barbey

Écrit par : Grégoire Barbey | 23/01/2014

Bien que j’aie mis une couche d’humour et de sympathie pour la Chancelière dans mon traitement du sujet, j’en confirme les points principaux.

1. Le sujet traité par la Chancelière est limite. Est-il dans ses attributions de prendre ainsi parti sur un thème politique? Je réponds non. Lire à ce sujet la définition des attributions de la Chancellerie sur le site de l’Etat. C’est un rôle de fonctionnement de l’Etat, pas de prise de parti idéologique. Or, en mentionnant un lien entre le pourcentage de femmes qui votent et le nombre d’élues, le texte incriminé fait plus qu’un constat: il fait de la politique, qui plus est en prenant ouvertement partie pour une catégorie spécifique. La neutralité de l’administration, représentée par la Chancellerie, ne devrait pas permettre de parti-pris. C’est aux partis politiques de remplir cette fonction. La comparaison avec le concours Cinecivic ne me semble pas relevante. Ce concours s’adressait à une classe d’âge qui débute dans la vie, pas à une catégorie aussi spécifique que femmes ou hommes. Elle rejoignait plus les campagnes du type «N’oubliez pas d’aller voter». On peut même imaginer des campagnes pour faciliter le vote des personnes âgées. C’est un engagement civique, pas politique. Or le texte de la Chancelière apparaît dans un document destiné à toute la population, et ce document prend un parti pour une catégorie. Mais je peux me tromper. Et contrairement aux nombreuses critiques émises l’an dernier contre madame Wyden Guelpa, j’apprécie cette femme et la touche qu’elle apporte dans la représentation de Genève.


2. Je parle assez souvent des femmes que j’admire et des hommes que je tacle, en politique ou ailleurs, pour réfuter sans autre le procès d’intentions sur les femmes de pouvoir. Néanmoins sur ce point en particulier, Grégoire, tu aurais dû mieux me lire avant d’écrire une erreur:

«Mais comme il l’a fait à l’époque avec Michèle Künzler et Isabel Rochat, attaquer les femmes de pouvoir semble lui être une pratique familière.»

Sur Michèle Künzler, j’ai critiqué sa politique et le fait de transformer les critiques en attaques de genre. La malhonnêteté n’a pas de sexe.

Quant à Isabel Rochat, je l’ai soutenue, contrairement à ce que tu écris.

Et elle n’est pas la seule. Tu devrais acheter des lunettes de lecture à ton dragon, ou lire plus lentement: à force de survoler on rate des bouts.


3. Rappeler que les femmes votent depuis une cinquantaine d’année, c’est bien. Et les hommes, depuis quand votent-ils? Pas beaucoup plus. Et pourquoi ne sont-ils pas plus nombreux à voter? Pour 2% de différence, pourquoi privilégier les unes et pas les autres? Comme tu l’écris: «La démocratie fonctionne a priori mieux si chaque personne ayant le droit de vote exprime son avis dans les urnes.» Privilégier une catégorie n’est donc pas opportun, surtout pas de la part du secrétariat de l’administration (rôle principal de la Chancellerie).


4. Par ailleurs il est patent que le féminisme professionnel crée une discrimination et se construit sur la victimisation des femmes et l’accusation des hommes. Il suffit de voir les (maigres) activités des bureaux de l’égalité. Ou de lire Sandrine Salerno, et combien d’autres. Au vu de l’intoxication de la société il y a beaucoup à détordre. Cela va jusqu’à un documentaire vu ce soir, où de jeunes lions mangent avant les jeunes lionnes. Commentaires: «Ces brutes écartent leurs soeurs». On oublie de dire que ces «brutes» de mâles iront défendre le territoire et parfois se faire tuer pour le clan. Et qu’ils sont nettement plus épais que les femelles. Ils ont simplement besoin de manger plus (donc en premier, vu la voracité des lions et lionnes) pour pouvoir remplir leur fonction.


5. Tu écris dans un billet cet automne: «J’ai un profond respect pour les femmes qui s’engagent.» Moi aussi, et j’ai le même respect pour les hommes qui s’engagent. Je ne fais pas de catégories, je n’ai pas ce paternalisme, je suis réellement égalitaire.


Voilà, pour faire court...

Écrit par : hommelibre | 23/01/2014

Ah John, c'est à des remarques telles que celle-ci qu'on vous apprécie :

" ... le mâle, le vrai, recule, le Mal féministe, lui, avance. "

:o))) !!!

Mais ce n'est pas moi qui vais vous démentir ...

Alors agonisons en beauté et poussons un dernier râle : Femmes je vous aime en tant que femmes, tout simplement !

On apprenait récemment que des féministes manifestaient pour l'entrée des femmes au Panthéon.
C'est ainsi qu'on pourra bientôt lire sur le fronton de ce vénérable édifice :

"Aux grandes Femmes, la Matrie reconnaissante"

Et puis tant pis pour les hommes, surtout les petits, ils vont souffrir !

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 23/01/2014

Jean, vous êtes iconoclaste ce soir! La Matrie reconnaissanre... :-D :-D.

Oui, le petits hommes deviendront des hommes canons. Ils se tiendront droit... droits dans le canon... ou droit canon.... ,-s

Canons, mais pas forcément beaux... :-)

Anja Wyden Guelpa est canon. Enfin belle, canon mais pas canon.
Pour les femmes au Panthéon, on devrait créer une salle "jupe". Imaginez le slogan: "De la jupe au Panthéon"! C'est un slogan canon.

:-D :-D

Écrit par : hommelibre | 23/01/2014

Cher Homme libre,

C'est avec une certaine consternation que j'ai pris connaissance de votre billet. Je n'y vois aucune "couche d'humour", mais plutôt l'exploitation ad nauseam de ce thèe qui vous est cher, la lutte contre une forme (j'insiste, une forme) de féminisme militant dont la disparition serait d'ailleurs bien précipitée s'il était traité par l'ignorance et le mépris.

Malheureusement, votre dernier commentaire, portant sur l'apparence physique de la chancellière, elle ne fera qu'attiser l'ire de celles que, précisément, vous cherchez à combattre, avec raison.

En bref, ce que l'on appelle un coup d'épée dans l'eau, ou peut-être mieux, une balle dans le pied.

Bien à vous.

Écrit par : Déblogueur | 24/01/2014

Cher Déblogueur,

Les grandes causes demandent de grands engagements. Celle-ci s'inscrit de manière plus générale dans une quête de liberté. Ce féminisme, cette "forme" de féminisme, est celui qui s'impose. Il contenant déjà ses fondamentaux violents de longue date, aujourd'hui il a fait tomber le masque. Il lobbyse les politiques et impose une image déformée des hommes et des femmes, avec des conséquences à de multiples niveaux. Je ne crois pas que l'ignorance et le mépris le feraient disparaître. Je pense plutôt qu'il faut le déconstruire par une critique sans concession. Je touche un peu à un tabou avec cette thématique. Mais cela avance un peu. Il y a dix ans il était presque impossible de critiquer le féminisme sans se faire occire. Aujourd'hui on analyse ses thèses davantage de manière critique. C'est une progression positive. Mais il y a encore à faire.


Dommage que vous n'ayez pas vu l'humour. Y compris dans mon comm sur le physique de la Chancelière. C'est aussi la plus simple liberté que de trouver un charme à une femme politique. Je pense d'ailleurs ne pas être le seul. Et pourquoi pas? Rien de mal à cela. Je pense que c'est un atout dans son travail de représentation. Et puis, si cela fâche quelques gardiennes de la doxa féministe, ce n'est pas grave. Elles ne m'ont pas attendu pour faire de la fâcherie leur mode de communication.

Bien à vous.

Écrit par : hommelibre | 24/01/2014

"Je pense que c'est un atout dans son travail de représentation." C'est le coeur du problème. C'est plus qu'un atout, c'est une arme de destruction massive de l'esprit critique de ses interlocuteurs. Peut-être que c'est pour ça que les Arabes les obligent à porter un drap noir sur toute leur personne ?

Mais c'est toute l’ambiguïté de ce que l'on appelle l'"amour" : vous aimez quelqu'un ou vous aimez ce qui fait qu'elle vous a séduit ? Vous pensez que c'est la même chose ?

Écrit par : Géo | 24/01/2014

Grande question Géo. Je pense que ce n'est pas la même chose. La séduction éveille quelque choses mais ne suffit pas à faire accepter l'autre dans toutes ses dimensions ni de faire durer une relation. La séduction est une sorte d'hypnose, bien loin de la réflexion critique en effet.

Dans le cas de madame Wyden Guelpa, j'imagine qu'elle a des compétences reconnues pour administrer la Chancellerie. Le charme ou la séduction n'y suffiraient pas.

Écrit par : hommelibre | 24/01/2014

Nous sommes bien d'accord. Il m'a fallu un certain âge et donc une baisse de testostérone pour bien en prendre conscience. Mais je ne sais pas ce que j'en ferais si j'avais trente ans de moins. En tout cas, cela ne plaide pas vraiment pour le couple. Et comme les femmes ont la même position pour d'autres raisons, je vois une société façon 1984, avec une officialisation du rôle des prostituées, devenant de nouvelles vestales très respectées. Et les enfants dans des éprouvettes, puisqu'elles n'aiment pas ça...
L'exact contraire de la société de Najat Vallat Belkacem, en quelque sorte...

Écrit par : Géo | 24/01/2014

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