15/04/2014

Monsieur Jornot, un nouveau slogan pour Genève s.v.p.!

Je suis épaté de voir comment certains arrivent à faire du procureur Olivier Jornot le grand perdant de ce dimanche, et son challenger le quasi gagnant. C’est fort quand-même. M. Jornot perdrait contre: l’abstentionnisme, le désaveu populaire silencieux, la lassitude et le désintérêt des genevois, le manque de motivation, la droite élargie, l’enthousiasme et le dynamisme de la campagne de Pierre Bayenet (ah bon?) qui aurait forcé l’admiration. Pas au point quand-même de rallier à lui plus de 12% du corps électoral.


Procureur,élection,jornot,bayenet,victoire,défaite,slogan,justice,Olivier Jornot serait donc le grand perdant. Sa victoire ne lui appartiendrait pas: ce serait celle des juristes, des fatigués, des dépressifs du bulletin de vote, de l’indifférence, de l’alliance des Verts et du PS, ces traîtres! 

Bayenet, lui, célèbrerait aujourd’hui d’innombrables victoires: celle du débat démocratique, celle de l’avertissement au procureur en place, de l’aspiration à une autre politique pénale, du refus de la cooptation clanique, du débat sur la prison, et de ses qualités personnelles. Et si M. Bayenet n’a pas été élu, sa grande victoire est que «la démocratie, grâce à lui, l’a été».

Bon, je veux bien. Mais c’est quand-même formidable: transformer ainsi une victoire en défaite, et une défaite en victoire. Les partisans de Pierre Bayenet ne pouvaient-ils pas dire, simplement: «Nous avons perdu», et c’est tout? En sont-ils capables? Pas sûr, et la langue de bois a encore de beaux jours devant elle.

 

L’abstention dans cette élection est peu relevante. Ce n’est pas une élection-phare. De toutes façons ceux qui votent décident, c’est ainsi. Il n’y a rien à ajouter pour tenter de minimiser la victoire de l’un ou la défaite de l’autre.

Le résultat reste l’expression d’une volonté, la volonté de ceux qui ont voté. Les autres, ne votant pas, n’avaient ni intérêt ni peut-être d’avis. Ne leur prêtons donc pas ce qu’ils n’ont pas exprimé. Instrumentaliser les muets est une pratique assez dévastatrice pourProcureur,élection,jornot,bayenet,victoire,défaite,slogan,justice, la démocratie, et proche d’une forme de totalitarisme intellectuel ou au minimum d’un déni politique.

D’ailleurs ce n’est peut-être pas tant M. Jornot qui a gagné qu’une certaine image de candidat. Entre l’aplomb visuel du procureur élu, et la posture relâchée et baba cool de son challenger, ceux qui ont voté ont choisi. Ils ont préféré la solidité brute des épaules de M. Jornot au côté relax-branché-rêveur de M. Bayenet. La Justice n’est pas la poésie.

Ils ont aussi peut-être choisi le slogan le plus explicite entre les deux: «Compétence et fermeté» pour Olivier Jornot, «Le courage d’une justice impartiale et humaine» pour Pierre Bayenet.

Y a pas photo. L’un use de mots simples. Son objectif est clair et colle à la posture physique plutôt carrée. L’autre se lance dans une phrase longue et compliquée, mélange bovaryste-proustien revu par Marguerite Duras. Et il commence par une revendication narcissique (le courage). L’auto-félicitation morale d’un candidat ne suffit pas à garantir le contenu. 

Les votants ont choisi la lisibilité.

 

Genève devrait demander à Olivier Jornot un slogan pour se vendre. En effet la Tribune de samedi annonçait le flop du slogan choisi il y a 4 ans pour assurer la promo de la ville: «Genève, un monde en soi». Plus nul et moins percutant, c’est difficile! L’agence Saatchi & Saatchi avait donné à Genève un produit invendable.

Procureur,élection,jornot,bayenet,victoire,défaite,slogan,justice,Il faut un nouveau slogan, simple, clair, audacieux. Quelques idées: «Geneva, simply the best», ou «Genève Love», ou «Love Geneva» (sans petit coeur!). Il faudrait même relancer un concours public pour sortir de ce «monde en soi» introspectif et déprimant, que l’on pourrait offrir aujourd’hui à Valparaiso.

En tous cas, si un tel concours a lieu, je propose de ne pas nommer Pierre Bayenet dans le jury...

 

 

16:26 Publié dans Elections, Genève, Politique | Tags : procureur, élection, jornot, bayenet, victoire, défaite, slogan, justice | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | | | | |  del.icio.us | Digg! Digg

Commentaires

Bizarre de bizarre votre commentaire "la posture relâchée et baba cool de son challenger": je ne vois que deux personnes en complet cravate!
Amitiés.

Écrit par : NIN.À.MAH | 14/04/2014

:-)...

C'est la posture corporelle. Bayenet est très légèrement penché ou voûté (peut-être les mains dans les poches?), le regard légèrement par en-dessous et la tête un peu penchée. Style relax discret contre style plus square. La prise de 1/4 (Jornot est de face) accentue le côté relax, en léger retrait.

Écrit par : hommelibre | 14/04/2014

De brillantes politiciennes à commencer par Madame Lagarde, en France, ont tenu à nous faire savoir que nul n'entre en politique pour faire du sentiment! or si le regard de Mr Jornot a priori entre bel et bien dans les vues de nos politiciennes le regard de Mr Bayenet est ou serAIT (prudence!) assez à situer côté baba cool des années Mai &8 et suivantes... Bon! mais les apparences: un regard qui en dit long... qui vous interpelle... ne court pas les rues... Déjà pas si mal, à retenir...

Écrit par : Myriam Belakovsky | 14/04/2014

@ Myriam:

Oui, il y a une prudence à garder sur les apparences. Ici je ne préjuge pas de qualités morales mais de quelques modes de fonctionnement basiques. Les images proposées sont étudiées par le photographe. Pour M. Bayenet l'éclairage accentue le côté ombré des yeux ce qui, avec le visage à peine penché, accentue l'impression de profondeur de l'être et de réflexion. C'est parce qu'il vient d'en haut et de gauche pour nous que les yeux sont si ombrés et gagnent en velouté profond. Le front brille, on voit l'ombre du nez, la joue est sombre. Cela accentue encore le côté rêveur, relax, en partie sombre (visuellement) du personnage et met le regard en valeur.

Le contraste marqué et les yeux clairs plus profonds dans le visage sont faits, en terme d'image, pour densifier, approfondir le personnage. L'éclairage d'un seul côté rend plus visible le cintrage du veston, accentuant discrètement le côté légèrement penché, voûté, que souligne encore la tête elle aussi légèrement penchée, signes de douceur et de soumission, ou au moins de séduction.

C'est presque une image de mode, Dolce & Garbani ou Prada.

Dans l'iconographie occidentale et dans la représentation imagée des stéréotypes corporels, le corps droit, carré, est d'avantage associé au chef militaire. On ne voit jamais un militaire courbé!

Sur des photos de face sur google M. Bayenet a un visage beaucoup plus carré, une mâchoire implantée large et basse, ce qui durcit son visage. On voit surtout sa bouche et sa mandibule inférieure, ses yeux perdent leur velouté et sont plus dur.

Ex: http://www.ghi.ch/procureur-general-que-le-peuple-choisisse

On peut aussi regarder les différentes photos prise par Demir Sönmez. Elles illustrent bien le côté carré et durci, loin du rêveur de son affiche. On voit aussi que le pencher de tête est habituel chez lui, soit en avant soit de côté. Ce pencher atténue la confrontation et adoucit un visage dur en le présentant plus mince, ou sous un angle plus favorable, ou simplement dans une forme de séduction-soumission.

http://demirsonmez.blog.tdg.ch/archive/2014/03/27/duel-a-la-tete-du-ministere-publique-254457.html

Voyant d'autres aspects de son visage, et accordant une valeur au moins partielle à la lecture des formes et des traits (sans y porter un jugement ni évaluer une moralité qui n'est pas du même ordre, il n'est question que de mode de fonctionnement basique), le visage de face de P. Bayenet montre quelqu'un de plus dur et déterminé que l'image de l'affiche. Sur l'affiche le côté baba cool ne veut pas confronter, alors il fait soumission en se penchant légèrement ou en ne se présentant pas de face, en soignant l'éclaire pour, par jeu d'ombres, adoucir son visage. Il a la pose de celui qui écoute dans un rendez-vous personnel ou assez intime, pas de celui qui décide. Il ne voulait pas montrer son côté possiblement tranchant.

En coaching on fait travailler cela au client: son attitude corporelle, y compris les expressions du visage et des membres, est un langage et véhicule une intention.

M. Bayenet fait référence à son côté dur en mentionnant "justice impartiale". C'est le côté Robespierre. Puis le mot "humaine" atténue tout. Humaine fait penser à humaniste, bienveillante, pas trop rigide. Y aurait-il donc une justice inhumaine? Extraterrestre? Le mot fait mouche en lecture rapide mais au fond il est très mal choisi. Il y avait d'autres mots possibles, plus ajustés. Et puis ce "courage" dont on se fiche, car tous les candidats en ont pour se présenter. Olivier Jornot a autant de courage à proposer une politique de fermeté que lui une politique de souplesse (synonyme de humaniste, ici).

Bref l'action frontale a été délaissée (bien qu'il en soit capable) au profit d'une séduction à la Prada et à l'insistance à ne pas mettre son corps en face de l'électeur, donc en face du problème.

Pierre Bayenet aurait peut-être gagné à se montrer plus complet, avec son côté plus dur. Il aurait gagné des voix, à mon avis.

Écrit par : hommelibre | 15/04/2014

@ hommelibre

Votre commentaire, de pro, sans nul doute, est saisissant. Merci pour ces lignes. Tel que nous voyions Mr Bayenet, sans vos connaissances, le mot KATMANDOU ne se profilait-il pas?

Mais n'est-il pas effarant de réaliser que nous autres, grand public, sans plus, choisissons puis faisons élire bien souvent à partir de photos travaillées comme vous nous l'expliquez choisissons puis faisons élire en aucun cas EN TOUTE CONNAISSANCE DE CAUSE... et mon regard, en cet instant revoit, en France, filmés (en ce cas, quelles sont les astuces professionnelles?) Royal, d'une part, Sarkozy, de l'autre, avec le sentiment (de malaise) qu'au fur et à mesure du succès (annoncé par les sondages) de Ségolène Royal on la filmait de façon autant que possible désavantageuse en, toujours côté technique, privilégiant les prises de vue concernant Sarkozy... sans avoir moi-même les connaissances requises des astuces de filmage, cette fois...

Le pape, François, par exemple, "étudié"? (parce que je demeurai choquée de le voir imiter, tout d'abord, "imiter" Jésus en baisant les pieds de détenus: en se mettant à la place des victimes de leurs délits, ou parents ou proches des victimes ou lésés...? Puis, que Jésus est dit ou présenté non pas avoir embrassé les pieds de qui que ce soit mais lavé des pieds...

Et lavé les pieds de qui, de "détenus"?

Non! les pieds de ses propres disciples (selon les moeurs d'une époque aux marches poussiéreuses ou pire... en sandales... marches harassantes...selon les déplacements...

en y ajoutant, pour Pierre, en tout premier lieu, un autre aspect, symbolique.

Ces lignes, correctes, comme d'autres, ne passent pas sur le blog religieux de la TDG... du moins jusqu'en cet instant.

Joyeuses Pâques! hommelibre.

Écrit par : Myriam | 15/04/2014

J'ajouterais un petit facteur qui aura sans doute contribué à l'abstention: les partisans de Jornot, sachant l'élection jouée d'avance, ne se seront que médiocrement mobilisés...

Écrit par : Mikhail Ivanovic | 15/04/2014

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